Développement durable

De l’économie du jetable à une économie circulaire

Il existe de nombreuses manières simples de gérer plus respectueusement les matières premières et les produits. Mais le consommateur n’est pas le seul à devoir assumer ses responsabilités.
Ruth Demuynck

« Madame, vous feriez mieux d’acheter un nouveau mixeur ».Voilà ce qu’on m’a répondu il y a quelques temps. À première vue, il s’agit d’une simple réponse, mais ce n’est pas la solution que j’espérais. Tout a commencé quand mon mixeur, après 2 ans et demi de bons et loyaux services, a perdu son combat inéquitable contre les pois chiches secs. Résultat : mes invités ont été privés d’une délicieuse tapenade pendant que je regardais d’un œil soupçonneux une pièce du mixeur qui semblait s’être détachée. Consciente que la période de garantie normale de deux ans était déjà dépassée, je me suis tout de même rendue pleine d’espoir dans mon magasin local d’appareils ménagers, armée du ticket d’achat original. Si le mixeur n’était plus sous garantie, la réparation d’une petite pièce détachée ne devrait pas coûter une fortune, me disais-je. Quelle naïveté !Le vendeur a rapidement ruiné tous mes espoirs. Non seulement il lui était impossible d’estimer le coût de la réparation, mais il m’en coûterait également 40 euros rien que pour envoyer mon mixeur chez le fabricant, lequel me dirait ensuite ce que je devrais débourser pour ressusciter mon fidèle appareil. Donc, payer 40 euros juste pour m’entendre dire ensuite qu’il me faudrait payer un multiple de cette somme pour réparer effectivement mon mixeur. Le vendeur, très serviable au demeurant, a sorti sa calculette avant de conclure par cette sentence toute simple : « Madame, vous feriez mieux d’acheter un nouveau mixeur plutôt que de faire réparer l’ancien ».

Cet incident a continué à trotter dans ma tête et a nourri mes réflexions, à défaut de mes convives. Encourager les consommateurs à ne pas faire réparer des produits en panne, mais à les jeter immédiatement n’est manifestement pas la solution la plus écologique. De telles pratiques ne créent-elles pas un gaspillage inutile de matières premières et une montagne de déchets ? Malheureusement, notre exemple est de plus en plus fréquent. Notre monde est devenu une société du jetable.

Et cela ne se limite pas à l’électronique. D’autres produits tels que les vêtements, les aliments et les meubles subissent le même sort. Saviez-vous qu’au Royaume-Uni, environ 50 % des aliments achetés sont jetés ? Une pure folie !

Il est évident que nous, consommateurs (européens), avons une part de responsabilité. Et nous pouvons et devons jouer un rôle important pour contrecarrer cette situation. Il existe de nombreuses manières simples de gérer plus respectueusement les matières premières et les produits. Par exemple, vous pouvez vendre vos vêtements d’occasion ou les donner à une œuvre caritative, jeter le moins d’aliments possible, apporter vos vieux meubles aux Petits Riens, etc. Mais le consommateur n’est pas le seul à devoir assumer ses responsabilités. Le producteur peut également contribuer en grande partie à limiter cette stratégie du jetable.

Comment pouvons-nous faire amener une organisation commerciale, motivée par les ventes, à commercialiser des produits corrects, qui fonctionnent plus longtemps et qui peuvent être partagés, réutilisés, etc. ? La réponse est simple : l’analyse de rentabilité doit concorder. Les organisations prospères qui offrent une gamme de produits responsables tiennent compte, dès la phase de conception du produit, de la fin de vie de ce dernier. Leurs produits sont conçus en gardant à l’esprit les concepts de réparation, de mise à niveau et de remanufacturage. C’est une bonne première étape, mais cela ne suffit pas. Un produit circulaire exige… un modèle d’entreprise circulaire adapté. Si de tels modèles se font rares, ils commencent toutefois à émerger dans divers secteurs : de la location de dalles de moquette chez Desso en passant par le partage d’équipements hospitaliers chez Cohealo et la réparation de toutes sortes d’objets électroniques chez iFixit. Ici, nous voyons comment l’adoption des principes circulaires en début de chaîne, lors de la conception même du produit, diminue littéralement les déchets plus loin dans la chaîne et crée même de la valeur pour le client ! Cela n’est-il pas familier ? N’est-ce pas l’étape logique après la qualité à la source ?

Espérons donc que ce récit (loin d’être unique) de mixeur défectueux en dépassement de garantie inspire d’autres personnes et les incite à ne pas considérer trop vite les appareils comme des déchets. Il existe toujours d’autres voies et des possibilités de limiter la société du jetable, et de construire une économie circulaire durable.

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Ruth Demuynck